jeudi 19 août 2010

Église de Marsoui

Depuis plusieurs années, le Vatican favorise les manifestations d’art contemporain dans les églises. La Fabrique a accepté que je crée une œuvre dans l’église de Marsoui. Elle est parmi les premières en Gaspésie à montrer une telle ouverture.














J’ai travaillé avec le silence du lieu, la mémoire collective imprégnée dans ses murs. Par ricochet, cela m’a ramenée à la décomposition du paysage sur notre territoire, la transformation dont nous n’avons pas fini de faire le deuil. Nous vivons présentement l’envers de la carte postale. J’ai alors investi les bancs de l’église avec des photographies grand format de femmes anonymes.

Les photographies sont disposées sur les bancs de façon à donner l’impression que ces femmes font partie des fidèles. Dos à l’autel, elles nous fixent du regard dès l’entrée, imposant le silence et accentuant par leur présence spectrale, l’intensité du deuil à faire. Plusieurs portent une carte postale en guise de masque, que leur regard traverse jusqu’à nous. Une vidéo défile sur la poitrine d’une autre d’entre elles : le départ des glaces marque la fin de la pêche commerciale à l’éperlan sur la baie de Miguasha et une tempête de neige entrave le travail des pêcheurs. La visibilité est presque nulle. Ces hommes savent que leur forme de pêche artisanale va bientôt disparaître.

Et que nous révèle encore l’anonymat de ces femmes ? Une sorte d’attente ? Elles attendent peut-être depuis très longtemps que le sacré et le profane soient réunis, pour permettre une nouvelle forme de recueillement.

En marchant vers l’autel, d’autres œuvres apparaissent au spectateur. À gauche, deux prie-dieu l’invitent à s’agenouiller devant la photographie couleur d’un paysage pour s’y recueillir. À droite, la Chambre photographique montée sur un trépied d’époque, est une continuité de l’installation sur le quai. Et derrière cette Chambre, le confessionnal : la porte centrale est ouverte et installée à la place du prêtre, une des femmes anonymes nous fixe du regard. L’espace restreint l’englobe. Il s’en dégage un sentiment de chaleur, de repos……comme si cette femme était retournée dans le ventre de sa mère ? Un fil sort de son utérus, rattaché à des écouteurs accrochés au mur. On peut y entendre un vent de tempête.

Les vieux pêcheurs à l’estime disaient que les tempêtes, ça lave le temps. Le vent qu’on entend sortir du son ventre est un vent de changement. La présence de ces femmes dans l’église nous rappelle surtout la sagesse de ces vieux pêcheurs quand ils disaient encore:

La mer, cé comme une femme
Faut pas forcer la mer


Maryse Goudreau en collaboration avec Adrienne Luce, août 2010










La création de cette intervention artistique a été rendue possible grâce à l'appui de: