





Femmes phares, cinq Chambres photographiques ancrées sur le quai
Boîtes de cèdre, supports d’acier, déclencheurs souples, vitres, miroirs, circuits électroniques, ampoules, piles et ferrotypes
Le paysage gaspésien, sa transformation et sa décomposition opérées par la modernité, a été le sujet central de ma recherche des dernières années. Mon travail artistique comprend des photographies, des interventions et des installations. Présentement, la photographie est le point de départ de mes installations.
Récemment aussi, j’intègre à ces installations des archives photographiques. C’est le cas entre autres de l’œuvre Charge. Et plus particulièrement encore, j’y intègre des portraits de femmes anonymes, des ferrotypes (photo sur plaque d’ étain) achetés chez les antiquaires ou sur le Web et qui témoignent des premiers moments de la photographie. Ces portraits de femmes anonymes sont au coeur des Chambres photographiques.
Au moment où la photo numérique ne cesse de se transformer, je m’attarde sur les procédés argentiques en train de disparaître. J’y expérimente certains aspects de la mémoire photographique en lien avec la mémoire du paysage.
Pour voir à l’intérieur des boîtes, il est nécessaire d’activer d’abord le déclencheur souple. Une lumière rouge se mettra en marche, vous donnant un signal d’alerte lumineux. Avant de quitter, vous devez appuyer sur ce déclencheur à 3 reprises pour éteindre et du même coup, économiser les piles pour les prochains visiteurs.
Les Chambres photographiques s’observent donc mieux encore au coucher du soleil ou en soirée : la lumière rouge et son signal peuvent plus facilement se déployer dans la pénombre ou l’obscurité, tels des phares ou des bouées de signalisation.
J’ai voulu explorer le mécanisme interne des anciennes caméras pour inventer une sorte de conte visuel. La couleur rouge de l’ampoule permet de rendre les portraits de femmes anonymes un peu flous, juste assez pour créer une ambiance fantomatique. Grâce à un miroir fixé à l’intérieur, l’image des objets se multiplie et en surgit un sentiment d’infini.
Renvoyant des images de femmes, les Chambres photographiques donnent l’impression que des âmes flottent sur le quai. Même s’il a été retiré dans les années 90, les gens du village résistent en revenant dans les vestiges du brise lame qui l’a remplacé : en occupant poétiquement les lieux, les femmes des portraits ne seraient-elles pas pour eux des compagnes de résistance ?
Et le temps de cette exposition, sont-elles toujours des femmes anonymes ? Il me semble percevoir chez certaines des attitudes et une présence familières. Ces dernières pourraient avoir vécu au village à une époque plus ancienne et être revenues, telles des fantômes, pour nous apprendre quelque chose…mais quoi ?...Je fais confiance à l’imaginaire du spectateur pour y répondre.
texte: Maryse Goudreau en collaboration avec Adrienne Luce, août 2010









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