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Entrevue avec Catherine Perrin à l'Émission Medium large 2011/11/11
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revue:
Inter: art actuelArt et Activisme, numéro 107
article: L’art politique, Nouvelles ruses et anarchie,
texte: Guy Sioui Durand
page: 23
janvier 2011
disponible en version numérique sur Scopalto :http://www.scopalto.com/
ou en version papier :http://inter-lelieu.org/FR/inter_publie.php
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La revue Printemps / Été 2010 NO 69 — bling-bling.
Dans les articles hors dossier : vous trouverez 4 pages signé de Adrienne Luce sur l'exposition: Paysage composté de Maryse Goudreau.
Paysage composté de Maryse Goudreau – Pour Esse mai 2010
Par Adrienne Luce
La récente exposition de Maryse Goudreau présentée au Musée de la Gaspésie poursuit les recherches de l’artiste sur le paysage : Indian Lake (installation), motifs anthropiques (photos), Malle cabine (installation), Femmes masquées, Paysage composté (installation et photos). Une bonne partie de son travail photographique porte les marques de la décomposition opérée par la modernité sur le patrimoine paysager gaspésien. À travers une approche archivistique soutenue par des préoccupations sur l’identité, l’attachement et le temps, elle crée des univers photographiques oscillant entre le bidimensionnel et l’installation.
Maryse Goudreau brouille constamment notre perception de l’espace. La photographie portant le même titre que son exposition, Paysage composté , en est un bon exemple. Au premier abord, nous croyons avoir une vue d’ensemble d’un paysage dans le brouillard, de hauts plateaux au bas desquels sillonne une rivière bordée d’arbres. Bref, nous croyons être en présence d’une représentation de la Gaspésie si souvent mise de l’avant par l’industrie touristique. Pourtant lorsque nous la regardons plus attentivement, nous découvrons qu’il s’agit d’un plan rapproché, que les arbres sont en fait de banals brins d’herbe bordant un minuscule ruisseau qui traverse un champ de type marécageux, tout aussi banal. Cette approche n’a rien d’innocent. Elle secoue notre univers mental : nous ne voyons trop souvent qu’à travers la lorgnette de la carte postale. Comme si l’immensité se devait d’être prévisible plutôt que sentie. Renversant l’échelle et composant avec le brouillard du moment, Maryse Goudreau pervertit les codes visuels touristiques. En s’affranchissant du mode de la carte postale, Paysage composté, à l’instar de ses autres photographies, pratique une ouverture permettant de rêver le territoire.
La rupture
L’exposition fait suite à la série des Femmes masquées qui a sans contredit déclenché une transformation dans le travail de l’artiste . Maryse Goudreau a souvent intégré dans ses travaux des cartes postales de la collection de son père, qui témoigne de la mutation des paysages au siècle dernier (ceux de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick). Cette approche archivistique l’a conduite à collectionner d’autres photos anciennes achetées au hasard de ses voyages, jusqu’à ce que surgissent du lot des photos de femmes. Elle transforme une des cartes postales de son père en masque et l’installe sur le visage d’une de ces femmes anonymes : Vue Ouest de la réserve ouvre cette série dans laquelle Goudreau y concentre le paysage dans le regard, d’autant plus percutant qu’il se révèle à travers le masque. À partir de là, elle collectionne consciemment les clichés de femmes, souvent effrités ou usés puisqu’ils datent pour la plupart des débuts de la photographie, incluant entres autres des ferrotypes. En ressort l’installation Confrontation, majeure dans l’exposition. Deux photographies de femmes anonymes se font face dans la galerie. Sur le plexus du cœur de la plus âgée, un petit écran présente une courte vidéo en boucle. Cette vidéo tournée lors d’une tempête de neige, nous montre une tradition de pêche en voie de disparition, l’agitation des pêcheurs d’éperlan de Miguasha devant le départ des glaces ; la transition se fait sentir sur le territoire. Mais au-delà de cette esthétique documentaire, la tempête de neige crée des images monochromes, un flou qui donne l’impression d’être en présence d’une femme au cœur troublé. Et c’est ce sentiment qui domine. En face, le cliché d’une jeune femme : l’artiste a branché un fil d’écouteurs à l’emplacement d’un de ses ovaires. On peut y entendre un classique de Janis Joplin, Get it while you can, évoquant le besoin d’amour d’une femme fragilisée. À partir de Vue Ouest de la réserve , le paysage se concentre dans le corps de la femme. Un glissement vers le paysage intime, sa féminité, donne plus de chair à sa réflexion sur l’identité. Le travail se complexifie. Les multiples couches de lecture s’ouvrent ainsi au spectateur. À travers l’anonymat de ces femmes, Maryse Goudreau revisite l’autoportrait.
Le sentiment trouble, voire de vertige qui se dégage de cette installation, tient surtout, je dirais, à la juxtaposition de deux temporalités. Puisant à même ses archives personnelles, la matière première de l’artiste est la mémoire photographique. Il s’agit de la fragilité, la sienne propre, et qui rappelle un monde en perte de mémoire. L’expression des femmes combinée avec l’emploi de nouvelles technologies donnent pourtant l’impression que la mémoire ne s’efface pas avec l’usure des photos.
Le paysage concentré dans le corps du spectateur
Le paysage concentré dans le corps du spectateur
Dans sa démarche sur le paysage, Goudreau en est venue à regarder l’appareil photo, son outil de travail, comme un territoire en soi. Telle l’Alice de Lewis Carroll, qui était entre autres photographe, elle entre dans la camera obscura pour l’explorer et se retrouve face à un miroir. Elle en ramène la capacité de réfléchir la lumière.
L’installation Malle-Cabine évoque la chambre de l’appareil photo mais aussi les cabanes de pêche qu’on installe sur les baies pour la pêche d’hiver et qu’on ramène chez soi, telles des malles, au départ des glaces. Goudreau, constamment sur la route avec son appareil photo, a conçu un projet qui évoque la mobilité. Dans la cabine où les spectateurs sont invités à pénétrer, des photos de cartes postales anciennes reflétées à l’infini par une myriade de miroirs, donne l'impression de flotter dans la mémoire du paysage. Le fait que ces cartes soient déposées les unes sur les autres pour former des piles se réclame aussi d’une activité muséale, le classement d’artéfacts.
L’ambiance tragique dégagée par les femmes de Confrontation a ému plus d’un spectateur. À l’intérieur de la cabine de Malle-Cabine, par contre, plusieurs ont eu de la difficulté à supporter la sensation de flottement : le sentiment de vertige provoqué par l’agencement des miroirs et l’espace restreint ont même provoqué une nausée chez certains. Cette expérience de vertige renvoie surtout à un chaos intérieur.
L’installation Indian Lake, 7.5 km, quant à elle, nous présente un tout autre univers. Mais il s’agit encore de la construction du territoire intérieur et d’offrir au spectateur l’expérience de sa propre intériorité. L’œuvre est constituée d’un cube flottant dans l’espace, dense, fabriqué avec une multitude de rubans de 3 mètres de long suspendus à partir d’un grillage. Montrant une variation de verts, l’œuvre n’est pas sans rappeler les pixels et le mouvement filé de la photographie. L’artiste a élaboré un paysage inspirée d’un lieu réel, un lac où elle s’est baignée à maintes reprises, l’Indian Lake situé dans la réserve amérindienne de Listuguj. Elle a fixé sur le mur tout près une photographie aérienne de ce plan d’eau, tirée du site internet Google Maps, et une de ses photographies montrant les roseaux en avant-plan. Les rubans, totalisant une distance de 7.5 kilomètres si on les mettait bout à bout, servent tout d’abord d’unité de mesure au territoire réinventé. Mais ils sont aussi très connotés puisqu’ils font partie de l’ornementation du costume cérémonial amérindien. Le ruban est un produit qui a été échangé très tôt lors des contacts entre les Premières Nations d’Amérique et les Européens, période qui concorde avec un profond bouleversement de la notion de territoire et de propriété.
L’œuvre invite le spectateur a y pénétrer. Manipuler le ruban, sa délicatesse, sa douceur, engage le spectateur dans une expérience sensorielle toute simple. L’intérieur du cube contient, quant à lui, des rubans dans une variation de bleus. Le son de ces rubans qui bougent et les reflets de lumière donnent alors au spectateur qui y pénètre l’impression d’être lui-même dans et sous l’eau, retrouvant ainsi l’essentiel du paysage d’origine. Mais en flânant à travers ces ornements de cérémonie revisités, le spectateur ne retrouve-t-il pas une empreinte de la culture de Micmac dans le paysage?
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Publications:
De l’île à la mer
Confluences, texte du commissaire: Bernard Lamarche, p.16-19, Considérations sur la situation des artistes du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, texte de Ève Dorais, p.13,
Ville de Montréal et Musée régional de Rimouski,
catalogue, ISBN-10 : 2923525221,
automne 2009.
